Audio guide
This audio guide invites you to explore two complementary exhibitions: Riopelle. The Expression of Gesture and Challenging. Modern Art in Québec. Together, they offer a journey through the history of twentieth-century art in Quebec, placing Jean Paul Riopelle's extraordinary career in dialogue with the major artistic movements that shaped Quebec modernity. From the reinvention of figurative art to the rise of abstraction, discover the landmark works, groundbreaking ideas, and pivotal encounters that redefined the possibilities of artistic creation.
Duration: 45 minutes
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The transcript is a written version of the audio guide’s narration.
The journey begins in the exhibition Riopelle. The Expression of Gesture with the work Hibou accompagné, located on the right as you enter.
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Bonjour et bienvenue au Musée national des beaux-arts du Québec.
Cet audioguide vous invite à découvrir deux expositions complémentaires : Riopelle. L’expression du geste et Revendiquer. L’art moderne du Québec. Ensemble, elles proposent un voyage à travers l'histoire de l'art québécois du XXᵉ siècle, en faisant dialoguer le parcours exceptionnel de Jean Paul Riopelle avec les grands mouvements artistiques qui ont façonné la modernité au Québec.
L'exposition Riopelle est une exposition de référence consacrée à l'un des artistes modernes québécois les plus importants du XXᵉ siècle et au premier peintre canadien de l'après-guerre à acquérir une véritable renommée internationale. Réunissant des œuvres majeures provenant des collections du Musée national des beaux-arts du Québec et d’un don exceptionnel des philanthropes Michael Audain et Pierre Lassonde, en plus de prêts ciblés auprès de collections de prestige, elle offre un vaste panorama de plus de cinquante années de création. Organisé autour de grands thèmes qui traversent toute son œuvre —le geste, la matière, la nature, le territoire ou encore la migration—, le parcours met en lumière un artiste qui n'aura cessé de se réinventer.
Au fil de la visite, vous quitterez momentanément les salles consacrées à Riopelle pour emprunter un parcours parallèle à travers l'exposition Revendiquer. L’art moderne du Québec. Le point de rencontre entre les deux expositions est l’Automatisme, mouvement auquel Riopelle participe aux côtés de Paul-Émile Borduas et des signataires du Refus global. À partir de cette rencontre fondatrice, l'audioguide vous fera découvrir l'héritage de l'automatisme et les multiples voies qu'emprunte l'abstraction québécoise jusqu’aux années 1960.
Le récit remontera ensuite le temps afin d'explorer les origines de la modernité au Québec. Vous découvrirez comment les artistes de la première moitié du XXᵉ siècle ont renouvelé la figuration, ouvrant progressivement la voie aux bouleversements esthétiques qui mèneront à l'abstraction.
Enfin, le parcours reviendra vers l'exposition Riopelle. Fort de ce nouvel éclairage sur l'histoire de l'art du Québec, vous retrouverez les œuvres plus récentes de l'artiste, où la figure et la nature reprennent une place centrale, sans jamais renoncer à la liberté du geste qui caractérise toute son œuvre.
La voix que vous entendez est celle de Paul Fruteau de Laclos. Nous vous souhaitons une excellente visite.
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Au mur se dresse un hibou campé au cœur d'une structure circulaire de bois et d'acier. Approchez-vous pour en saisir la texture. Voyez-vous les empreintes laissées par les doigts de l’artiste dans la surface sculptée? Elles témoignent d’une manipulation directe de la matière. Les formes de l’oiseau sont volontairement brutes, voire primitives. Ses ailes, à peine entrouvertes, semblent suspendues dans l'instant qui précède l'envol. Dans son visage réduit à l’essentiel, que vous inspirent ses grands yeux ronds? Serein en apparence, le hibou paraît en état de veille, attentif à tout ce qui l'entoure. À force de soutenir son regard, vous aurez peut-être l'impression qu'il vous observe en retour.
Cette figure peut être comprise comme un autoportrait symbolique de Jean Paul Riopelle. Né à Montréal en 1923, il manifeste très tôt un intérêt pour le dessin. Son père encourage cette passion en lui offrant des cours auprès du peintre Henri Bisson. Le jeune Riopelle apprend à observer avec rigueur, à peindre d'après nature et à travailler d'après modèle vivant. Mais une autre école façonne tout autant son regard : celle de nature. Les excursions en forêt et les sports de plein air nourrissent une relation particulièrement forte et intime avec le vivant.
Cette proximité avec la nature irrigue toute son œuvre. À partir des années 1970, le hibou devient son animal de prédilection. Plus qu'un simple motif, l'oiseau devient un alter ego : tout comme l’artiste, l’animal est observateur, libre, solitaire, profondément enraciné dans son environnement. Quels traits de caractère percevez-vous chez le Hibou accompagné? Évoque-t-il pour vous la sagesse, la curiosité ou la vigilance? Si Riopelle s’identifie à cet animal, que nous révèle-t-il de sa personnalité?
L'œuvre révèle également l'importance des objets trouvés dans la pratique de Riopelle. Le hibou est fixé sur le mécanisme rotatif d'une sellette de sculpteur, récupérée dans l’atelier. En intégrant cet objet à l'œuvre, Riopelle met en évidence le processus de création lui-même. Cette attention portée au geste créatif traverse toute sa pratique. En peinture comme en sculpture, il dialogue avec la matière, accueille ses textures, ses accidents et ses traces.
À bien des égards, Hibou accompagné reflète l'esprit de Jean Paul Riopelle : un artiste profondément enraciné dans la nature, farouchement indépendant et animé d'un désir constant de renouveler son langage créatif.
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Prenez le temps d’absorber cette œuvre qui témoigne d’un moment charnière dans la carrière de Riopelle. Laissez votre regard parcourir librement cette vaste étendue, sans horizon ni point d’ancrage. La toile est entièrement couverte d'une multitude de touches rouges, bleues, jaunes, vertes, blanches et noires. Constatez l’effet que produit les longues giclées de peinture qui traversent la composition dans toutes les directions. Ces filaments relient les différentes zones du tableau, créant un réseau vibrant qui anime toute la surface. Devant ce feu d’artifice de pigments, sentez-vous votre regard circuler continuellement sans parvenir à se poser?
Formé auprès de Paul-Émile Borduas à l'École du meuble, Riopelle participe à l'aventure des Automatistes dans les années 1940 et cosigne le manifeste Refus global, sur lequel nous reviendrons plus loin dans la visite. Ce mouvement défend une création libérée de toute idée préconçue, où le geste spontané ouvre la voie à l'inconscient. Riopelle apprend à faire confiance à son intuition et à laisser la peinture se construire dans l'action.
Mais Riopelle ne tarde pas à s’éloigner du groupe des Automatistes pour tracer sa propre voie à Paris. À partir de 1949, il échange le pinceau pour le couteau à palette, avec lequel il dépose directement la couleur en épaisses touches. Il projette ensuite une peinture plus liquide sur la toile. Cette liberté gestuelle rapproche Riopelle des grands mouvements de l’abstraction internationale de l’époque : l'expressionnisme abstrait aux États-Unis et l'abstraction lyrique en France. En 1951 à Paris, il participe à une exposition d’envergure aux côtés de Jackson Pollock, Willem de Kooning et d'autres figures majeures de l'abstraction. Les artistes y partagent la conviction que « seul peut être fécond un hasard total. »
Sans titre incarne la transition entre les débuts automatistes de Riopelle et sa filiation à l’École de Paris. Il conserve la spontanéité revendiquée par Borduas, mais affirme déjà une démarche profondément personnelle. Ressentez-vous le mouvement intérieur, l’élan vital qui anime le tableau? C’est celui d’un artiste qui découvre son œuvre dans le feu de l’action. C'est dans cette tension entre liberté et maîtrise que naît le langage singulier qui fera bientôt la renommée internationale de Riopelle.
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Réminiscence d’une forêt traversée par les faisceaux du soleil, ce tableau sombre est ponctué de saillies lumineuses. Sa surface entière est couverte d'une multitude de touches épaisses appliquées au couteau, dans une palette dominée par les noirs, les bleus profonds, les verts et les bruns, d'où jaillissent des éclats de rouge, d'orange et de jaune. Approchez-vous de la toile. De près, la matière évoque des lichens, des écorces, des cristaux ou un tissu cellulaire. Puis reculez lentement de quelques pas. Observez comment les fragments se fondent peu à peu en un vaste paysage. De loin, le tableau suggère tour à tour une vue aérienne de la terre ou une vision du cosmos.
Cette impression naît de la manière très particulière de travailler que développe Riopelle à partir de 1953. La peinture, déposée directement à partir du tube, est immédiatement écrasée à la spatule en une multitude de touches qui s'imbriquent comme les tesselles d'une mosaïque. En constatant le déferlement infini des petites touches sur l’ensemble de la toile, imaginez Riopelle à l’œuvre. Percevez-vous le rythme, l’énergie et la fougue qu’exige la création d’un tableau comme celui-ci? La composition adopte le principe du all-over : les éléments picturaux recouvrent toute la surface sans qu'aucune zone ne domine, donnant l'impression que le tableau se prolonge au-delà de ses limites.
La maîtrise d’exécution qui se dégage de Forestine est le fruit d'un processus de création d'une intensité exceptionnelle. Riopelle travaille d'une seule traite, dans un état qu'il décrit comme une forme de transe. Sans jamais prendre de recul, il demeure au plus près de la toile, laissant le rythme de son corps guider chacun de ses gestes. Pendant des heures, il dépose, écrase, racle et superpose la matière jusqu'à l'aboutissement de l'œuvre. Vous est-il déjà arrivé d’être si absorbé par une activité que tout le reste s’efface ? Au point d’en oublier le temps qui passe ? C'est dans cet état d’abandon total que Riopelle crée plusieurs de ses œuvres.
Réalisée en 1954, Forestine appartient à la période des grandes mosaïques de Riopelle, aujourd'hui considérée comme l'un des sommets de sa carrière. Représenté par les galeristes Pierre Loeb à Paris et Pierre Matisse à New York, il atteint une reconnaissance internationale sans précédent pour un artiste québécois. Malgré le succès des mosaïques, Riopelle demeure fidèle à son esprit d'exploration et ne tardera pas à renouveler encore son langage artistique.
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Quelle est votre première impression de Chicago II? Est-ce qu’il vous émeut par sa puissance? Prenez un moment pour suivre le mouvement de ses grandes masses colorées. Les rouge, blanc, noir et bleu semblent s'entrechoquer, leurs contrastes intensifiés par quelques accents de couleurs éclatantes. Appliquée au couteau à palette, la peinture s'étale en traits et en ondulations qui parcourent la surface dans tous les sens. Contrairement à la régularité presque cristalline des grandes mosaïques, la matière paraît ici plus libre, comme animée d'une énergie irrépressible.
Cette évolution marque un tournant dans la démarche de Riopelle. En 1958, il amorce parallèlement une pratique soutenue de la sculpture, qui transforme profondément son rapport à la matière picturale. Le couteau ne sert plus seulement à déposer la couleur : il taille, creuse et modèle la peinture comme un sculpteur façonne le bois ou la terre. Les petites touches des mosaïques cèdent la place à de vastes jetées de matière. L'espace se structure autrement; des réseaux de ligne se dessinent et la figure réapparaît peu à peu, mais elle demeure insaisissable. Quelles formes voyez-vous émerger?
Pourtant, Riopelle refuse l'opposition entre figuration et abstraction, affirmant n'avoir « jamais peint un tableau abstrait ». Il ne cherche pas à reproduire le réel ni à l’évacuer, mais plutôt à en traduire l’expérience sensible. Chasseur, pêcheur et grand voyageur, il nourrit son œuvre de ses immersions en nature. Ses tableaux ne décrivent pas un paysage; ils en traduisent la mémoire, les rythmes et les forces. En observant Chicago II, quels phénomènes ou éléments naturels surgissent dans votre esprit ? Comme la nature elle-même, la peinture se déploie, se transforme et s’organise selon une logique qui lui est propre.
Que vous évoque l’intitulé Chicago II ? Riopelle attendait toujours d'avoir achevé une œuvre avant de lui attribuer un titre, comme un constat final au moment où il découvrait lui-même son tableau. Si c'était à vous de le nommer, quel titre choisiriez-vous ? Chicago II ne représente pas un lieu précis, mais son titre renvoie à un imaginaire géographique, une piste de lecture qui invite chacun à projeter ses propres souvenirs et sensations dans sa perception de la composition.
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Tournez autour de cet assemblage sculptural pour l’apprécier sous différents angles et remarquez combien l’œuvre semble se transformer selon votre point de vue. Des volumes irréguliers s’affirment à la verticale en formations visiblement précaires. Leurs surfaces blanches sont animées de traits et de pointillés noirs et gris qui accentuent leur relief. À quoi vous font penser leurs formes et leurs couleurs? Évoquent-elles pour vous des formations rocheuses, des icebergs ou une architecture en ruines? Un réseau de cordages noués relie les différents éléments, dessinant des lignes tendues dans l’espace. Repérez les hiboux juchés en hauteur. Il s’agit des plâtres de deux sculptures datant de 1969-1970 : Hibou-Roc et Hibou-White Stone.
Fontaine est une œuvre exceptionnelle dans le parcours de Riopelle. Contrairement à ses sculptures de petit format, modelées d’un seul élan, celle-ci est un assemblage d’éléments récupérés. Entamée vers 1964, elle accompagne l’artiste pendant près de treize ans dans l’atelier. Ce n’est qu’en 1977 qu’elle atteint sa forme définitive lorsqu’il peint ses surfaces et ajoute les cordages. Elle ne sera dévoilée au public qu’en 2020, au Musée des beaux-arts de Montréal.
L’œuvre est née du réemploi de chapes de plâtre, ces moules servant à couler des sculptures en bronze. En récupérant ces rebuts de fonte, Riopelle transforme les vestiges de créations antérieures en matière première d’une œuvre nouvelle. Cette logique de métamorphose traverse toute sa pratique à partir des années 1960, comme en attestent ses nombreux collages et assemblages réalisés à partir de chutes d’estampes. Chez Riopelle comme dans le monde naturel, rien ne se perd; tout se transforme.
Avec sa palette réduite, Fontaine semble correspondre aux grandes séries d’œuvres sur des thèmes nordiques des années 1970, que nous découvrirons dans une prochaine salle de l’exposition. Ses volumes rappellent les icebergs que rencontre Riopelle lors de séjours de pêche au Nunavut dès 1969. Les cordages et réseaux de traits peints en surface évoquent aussi les ajaraaq, les jeux de ficelle inuits qui fascinent Riopelle à l’époque, et auquel il consacre une série dès 1971. Cette pratique inuite consiste à effectuer des figures avec des ficelles nouées entre les doigts pour transmettre contes et savoirs traditionnels. Riopelle emploie librement ce système de signes pour créer toute une série d’œuvres aux réseaux de lignes entremêlées. Dans cette sculpture qui pourrait tout autant être comprise comme une peinture en trois dimensions, les lignes et entrecroisements dessinent un langage expressif.
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Vous franchissez maintenant le passage rouge qui relie les deux expositions de ce parcours. Jusqu'ici, vous suiviez une rétrospective consacrée à Jean Paul Riopelle. Nous vous invitons maintenant à faire une incursion dans Revendiquer, une exposition qui retrace l’histoire de l'art moderne au Québec, des années 1920 aux années 1960. Si ces deux récits peuvent être parcourus séparément, ils sont profondément liés.
Ce détour permet de prendre du recul et d’ouvrir notre lecture à un contexte artistique élargi. Si Riopelle est l’une des grandes figures de l’art moderne du Québec, son œuvre s'inscrit dans une histoire plus vaste, nourrie par des générations d’artistes qui ont transformé en profondeur leurs manières de créer dans une succession d'expérimentations, de remises en question et de prises de position.
Le point de rencontre entre les deux expositions se situe dans les années 1940, avec l'émergence de l'Automatisme, un moment fondateur de la modernité québécoise auquel avait contribué le jeune Riopelle. C'est à partir de cette période que débute notre cheminement dans l’exposition Revendiquer.
Nous suivrons d'abord l'héritage de l'Automatisme et son rayonnement dans l’abstraction jusqu'aux années 1960. Nous remonterons ensuite le fil du temps pour retrouver les artistes de la peinture figurative qui, dès les années 1920, ouvraient la voie aux grandes ruptures de la modernité.
À l'issue de ce survol de l’exposition Revendiquer, nous reviendrons dans l'exposition Riopelle pour découvrir les dernières décennies de sa carrière, ancrées elles aussi dans la figuration. Vous pourrez alors saisir le dialogue singulier que Riopelle entretient, tout au long de son parcours, avec l'histoire de l'art moderne. Au terme de cette visite, vous pourrez porter un regard différent sur l’œuvre de Riopelle, un artiste au diapason des découvertes artistiques de son temps mais qui est demeuré fondamentalement unique dans son approche.
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Sur un fond sombre aux tonalités bleutées et verdâtres, brossé en larges zones diffuses, émergent deux imposantes masses verticales qui semblent flotter dans l'espace. Constituées d'une accumulation de touches blanches, noires, rouges, vertes et brunes, elles sont percées d'interstices qui laissent entrevoir la profondeur de l'arrière-plan. Entre ces deux amas qui paraissent s'avancer vers nous, une lueur semble jaillir d'une source invisible. Le titre Les pylônes de la porte oriente-t-il votre regard? Quels éléments du tableau auraient pu inspirer ce choix à Borduas? Malgré ce titre évocateur, l'œuvre échappe à toute interprétation définitive et demeure ouverte à l'imaginaire. Chacun est libre d'y projeter ses propres associations.
Cette ambiguïté est au cœur de la démarche de Paul-Émile Borduas, considéré comme l'un des fondateurs de l'abstraction au Québec. Inspiré par l'écriture automatique des surréalistes français, il développe dans les années 1940 un langage pictural fondé sur l'Automatisme. Cette méthode cherche à libérer le geste de toute idée préconçue pour laisser la peinture se construire dans l'action et faire surgir la poésie de l'inconscient. Borduas travaille sans esquisse ni composition préétablie. Il brosse d'abord le fond à larges coups, puis dépose au pinceau et à la spatule ce qu'il appelle des « lumières » : ces touches colorées qui semblent flotter en surface. Les formes émergent et s'organisent progressivement, jusqu'à ce qu'un équilibre pictural s'impose. Le tableau devient ainsi la trace visible d'une pensée en mouvement, guidée par l'intuition et le hasard.
Professeur à l'École du meuble, Borduas rassemble autour de lui, dans les années 1940, de jeunes artistes avides d'un renouvellement radical, parmi lesquels Jean Paul Riopelle, Marcelle Ferron, Fernand Leduc, Françoise Sullivan et Maurice Perron. En 1948, seize membres du groupe signent le Refus global, manifeste fondateur de la modernité québécoise qui revendique une profonde rupture avec les conventions artistiques et sociales de leur époque.
À la suite de la publication du manifeste et des remous qu'il provoque, Borduas perd son poste d'enseignant et se consacre désormais entièrement à la peinture. Réalisée en 1949, Les pylônes de la porte appartient à une importante série dans laquelle son langage automatiste atteint une nouvelle ampleur. L'œuvre incarne une création affranchie des règles, où spontanéité, intuition et liberté deviennent des principes essentiels. L'Automatisme ne consiste pas à faire abstraction du monde : il permet plutôt de donner forme aux émotions, aux tensions et aux images mentales qui surgissent de l'inconscient.
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Prenez de grandes respirations en parcourant du regard les lignes verticales qui traversent Composition. Ressentez-vous le souffle qui semble animer le tableau? De longues traînées colorées s'élancent de bas en haut dans une succession de gestes rapides et répétés. Les pigments rouges, jaunes, blancs, noirs, bleus et turquoise se dissolvent les uns dans les autres sous la vigueur du geste. Ces lignes franches se détachent d'un fond vaporeux composé de lavis horizontaux aux coloris complémentaires de verts et d’orangés. Que vous évoquent ces formes et couleurs? Y reconnaissez-vous les fonds marins ou une végétation foisonnante? La composition semble dégager une force ascendante, comme si les éléments picturaux participaient d’un même élan vital.
Composition relève d’un procédé automatiste. Lorsque Paul-Émile Borduas initie Fernand Leduc à l’abstraction au début des années 1940, sa conception de l'art est profondément transformée. Il devient l'un des premiers artistes à expérimenter avec l’automatisme, porté par la spontanéité du geste et la liberté créatrice. Mais Leduc ne se contente pas de peindre : considéré comme un des principaux théoriciens du mouvement, il joue un rôle déterminant dans son élaboration intellectuelle. Convaincu que l'automatisme est autant une philosophie de vie qu'une méthode de création, il croit à sa capacité de transformer profondément la société. Leduc s’installe à Paris en 1947, où il fréquente les surréalistes, approfondit son intérêt pour la psychanalyse et entretient une correspondance soutenue avec Borduas. Ses échanges avec ce dernier participent à la réflexion qui mènera à la rédaction du Refus global.
Réalisée un an après la parution du manifeste, Composition témoigne d'un équilibre nouveau entre spontanéité et construction. Si le geste demeure libre et intuitif, il s'organise désormais selon un rythme plus ordonné. Cette quête d'harmonie annonce le chemin qu’empruntera Leduc à partir des années 1950. Il s'éloignera progressivement de la gestuelle automatiste pour devenir l'une des figures marquantes du mouvement des Plasticiens, qui privilégient une peinture abstraite où les aplats de couleur, la lumière et l'organisation géométrique de la surface deviennent les véritables sujets de l'œuvre. Composition témoigne de ce tournant dans l’évolution de Leduc : elle conserve la fougue libératrice de l'automatisme tout en laissant entrevoir le désir d'ordre et de structuration qui orientera ses réalisations ultérieures.
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Devant vous se déploie un ensemble de photographies en noir et blanc qui captent le corps en mouvement dans des espaces dépouillés. Les gestes et les postures se succèdent, les costumes prolongent les mouvements, tandis que de légers flous traduisent la rapidité de l'action. Les jeux d'ombre et de lumière accentuent la théâtralité de la scène. Lorsque vous balayez ces images du regard, avez-vous l’impression de les voir bouger? Présentées en séries, elles évoquent moins des instants figés qu'une séquence vivante, comme si les performances se déroulaient encore sous nos yeux.
Ces photographies de Maurice Perron nous ouvrent une fenêtre sur l'univers multidisciplinaire des Automatistes. Pour ce groupe d'avant-garde, la création ne se limite pas à la peinture. L’automatisme peut s’incarner dans toute forme d’expression affranchie de la raison et des conventions. La danse privilégie une gestuelle spontanée et organique, la poésie se laisse guider par l’intuition tandis que le théâtre expérimental bouleverse le langage et la narration. Les artistes se produisent dans des appartements ou d’autres lieux non conventionnels, avec le désir d'abolir les frontières entre les disciplines et de rapprocher l'art de la vie.
Élève de Borduas, cosignataire du Refus global et éditeur du manifeste via sa maison d’édition, Mithra-Mythe, Maurice Perron a joué un rôle important en tant que photographe du groupe. Il a notamment immortalisé plusieurs de ces créations collectives : Black and Tan, une chorégraphie de Françoise Sullivan vêtue d’un costume conçu par Jean-Paul Mousseau ; Bien-Être, une pièce de Claude Gauvreau interprétée avec Muriel Guilbault, arborant des costumes de Madeleine Arbour dans un décor de Pierre Gauvreau ; et Dualité, une chorégraphie de Françoise Sullivan et Jeanne Renaud sur une musique de Pierre Mercure. La plus célèbre demeure sans doute Danse dans la neige, improvisée par Françoise Sullivan en plein air, photographiée par Maurice Perron et filmée par Jean Paul Riopelle, dont la vidéo est aujourd’hui perdue.
Sans Perron, une part essentielle de cette aventure artistique nous serait aujourd’hui inaccessible. Sans traces, les performances automatistes auraient été oubliées. Mais ses photographies dépassent le simple document d'archive. Guidées, elles aussi, par la spontanéité, l'intuition et l'ouverture au hasard, elles méritent le statut d’œuvre d’art à part entière. Elles préservent la mémoire d'œuvres éphémères et prolongent, par le médium photographique, l'esprit même de l'Automatisme.
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Cette toile semble animée par des forces qui se déploient dans toutes les directions. De larges coups de spatule se superposent dans un enchevêtrement de masses aux couleurs chaudes et froides, tour à tour révélées ou voilées par l'application du blanc. Voyez-vous comment ce blanc accentue l’éclat des autres couleurs? Portez aussi attention aux textures de la matière. Certaines touches sont épaisses et opaques; d'autres, plus étirées, raclent la surface et laissent apparaître les couches sous-jacentes. Les formes contrastées semblent avancer puis reculer dans un espace immatériel où le regard circule librement. Malgré l'impression de spontanéité qui s'en dégage, la composition demeure remarquablement maîtrisée, chaque geste participant à un équilibre d'ensemble.
Après avoir pris part à l'effervescence automatiste, Marcelle Ferron s’installe à Paris en 1953, où elle vivra jusqu'en 1966. Comme plusieurs signataires du Refus global, elle poursuit les acquis de l’automatisme tout en empruntant une trajectoire personnelle et en développant un langage qui lui est propre. Ses recherches se concentrent désormais sur la lumière. Par la maîtrise des effets chromatiques et gestuels, elle souhaite restituer, en peinture, les sensations lumineuses dans leur évanescence, leurs vibrations et leurs variations. Dans Sans titre, est-ce que vous percevez des effets de chatoiement, de brillance et d’éclat?
À Paris, Ferron nourrit sa pratique au contact de l'avant-garde et des débats artistiques de son époque. Une rencontre déterminante en 1954 change le cours de sa carrière : un fabricant de peinture lui offre généreusement de grands sacs de pigments. Avec plus de moyens, elle commence alors à préparer elle-même ses couleurs, enrichit considérablement sa palette et peut enfin réaliser des œuvres de grand format. Elle s'intègre progressivement dans le mouvement de l'abstraction lyrique, qui privilégie les qualités sensibles, émotives et expressives de la matière.
Réalisé en 1963, ce Sans titre marque la pleine maturité de cette période parisienne. Déjà, la lumière en constitue le véritable sujet. Dès l'année suivante, Ferron se tourne vers le vitrail, qui lui permettra de franchir une nouvelle étape : la lumière ne sera plus seulement représentée, elle traversera l'œuvre pour en devenir la matière même. Avec ses verrières monumentales intégrées à l’espace public, Ferron contribuera à renouveler le langage de l’abstraction et à le rendre plus accessible.
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Faites quelques pas autour de cette sculpture. Une masse de bronze aux formes irrégulières et aux textures abrasives semble flotter dans l’espace, posée délicatement sur une tige métallique. Sa surface érodée est profondément accidentée : des plans se replient, se déchirent et se chevauchent, dessinant une succession d'arêtes, de cavités et de reliefs abrupts. Que voyez-vous dans ses formes? Une formation calcaire ou volcanique, ou encore un objet industriel qui aurait été déformé par une explosion? La sculpture échappe à toute lecture unique. Elle paraît suspendue dans un état de transformation perpétuelle, donnant l’impression de conserver la mémoire des forces qui l’ont façonnée.
Réalisée en 1963, cette œuvre témoigne du renouvellement de la sculpture québécoise après l'Automatisme. Armand Vaillancourt prolonge la liberté gestuelle de ses prédécesseurs, mais la transpose dans la matière elle-même. Son intérêt ne réside pas dans la représentation d'un sujet, mais dans le potentiel expressif du matériau, dans ses réactions, ses tensions et ses accidents. L'abstraction devient ici le lieu où l'énergie créatrice s'incarne directement dans le bronze.
En observant attentivement l’œuvre, parvenez-vous à imaginer comment elle a été façonnée? Vaillancourt contribue à développer une technique novatrice dès le milieu des années 1950 : la fonte directe au polystyrène, dont il est considéré comme l'un des pionniers. L'artiste sculpte d'abord une forme en polystyrène, puis y verse le bronze en fusion. Sous l'effet de la chaleur, le polystyrène disparaît instantanément et le métal prend sa place. Ce procédé rapide préserve la spontanéité du geste tout en enregistrant les réactions imprévisibles de la matière.
Pour Vaillancourt, le processus est indissociable de l'œuvre achevée, même qu’il donnait parfois lieu à des performances devant public. Les fissures, les irrégularités et les textures ne sont jamais corrigées : elles témoignent des échanges entre le geste de l’artiste, les propriétés du matériau et l’imprévisibilité de ses transformations. Chaque sculpture constitue une expérimentation, que l’artiste comparait à une improvisation musicale. Des décennies plus tard, Sans titre conserve la trace de sa propre création et semble encore vibrer de l'énergie qui lui a donné naissance.
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Retournons en arrière dans la chronologie pour découvrir ce qui constitue le début de l’exposition Revendiquer. L’art moderne du Québec.
Vous venez de découvrir le legs de l'Automatisme et son influence sur l'abstraction au Québec jusqu’aux années 1960. Nous vous invitons maintenant à remonter le cours de l'histoire. Pour comprendre comment cette révolution artistique est devenue possible, il faut revenir aux artistes québécois qui, dès les années 1920 et jusqu’aux années 1940, ont révolutionné la figuration en peinture.
À cette époque, les artistes s'éloignent progressivement des conventions académiques et renouvellent leur langage en s’inspirant des avant-gardes européennes. Peu à peu, représenter le réel ne consiste plus à le reproduire fidèlement, mais à l'interpréter librement. Le portrait, le paysage et le quotidien deviennent des terrains d’expérimentation où les formes et couleurs laissent place à l'expression personnelle.
Lorsque nous reviendrons dans l'exposition consacrée à Jean Paul Riopelle pour conclure notre parcours, vous pourrez porter un regard différent sur ses œuvres tardives. Le retour du paysage et des figures animalières chez Riopelle vous apparaîtra alors non comme un abandon de la modernité, mais comme l'une de ses expressions les plus libres et les plus abouties.
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Vous vous retrouvez face à face avec une jeune femme représentée à mi-corps, le regard perçant posé directement sur le vôtre. Prenez un moment pour soutenir son regard. D'un air assuré, elle dégage une force tranquille. Un ample chapeau jaune encadre son visage comme un halo lumineux, tandis que sa blouse blanche, aux plis souples, capte la lumière dans de subtils jeux de clair-obscur. Derrière elle, quelques bâtiments et arbres aux formes simplifiées se déploient en aplats de verts, de bleus et d'ocres. La figure occupe presque toute la surface du tableau et la frontalité de la composition efface presque toute distance entre vous et le modèle. Tout dans la composition converge vers son visage. Que ressentez-vous devant l’intensité de son expression?
Cette présence saisissante est l'une des grandes qualités des œuvres de Lilias Torrance Newton. Si son portrait révèle une remarquable maîtrise du dessin, de la couleur et de la lumière, il dépasse largement la simple ressemblance physique. Inspirée par les postimpressionnistes Cézanne, Gauguin et Matisse, l'artiste construit l'espace à partir de formes simplifiées, de volumes géométrisés et de masses colorées. Torrance Newton était membre du groupe de Beaver Hall, un collectif de peintres montréalais ayant développé un langage pictural où la structure de l’image et l’expression prenaient le pas sur le réalisme.
Avec le renouvellement de la peinture moderne au cours des années 1920 et 1930, le portrait cesse d'être uniquement un symbole de statut social pour devenir un lieu d'exploration de la personnalité, de l'intériorité et de recherches formelles. Les femmes artistes jouent un rôle majeur dans cette évolution en privilégiant souvent la figure humaine plutôt que le paysage.
Torrance Newton réalise près de 300 portraits au cours de sa carrière, dépeignant des personnes avec lesquelles elle entretient une relation de confiance, ce qui contribue à leur profondeur psychologique. Quelle est votre impression de Martha? Quelle personnalité lui prêtez-vous? Torrance Newton est la troisième femme à avoir été élue à l'Académie royale des arts du Canada en 1937. Présentée en 1939 à l'Art Association of Montreal, Martha est acquise dès l'année suivante par le Musée de la province de Québec, aujourd’hui le Musée national des beaux-arts du Québec.
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Avez-vous l'impression de vous tenir sur le trottoir d'une rue de Montréal? Comme une photographie prise sur le vif, cette scène capte l'animation de la rue Saint-Denis baignée par la lumière qui suit une averse. Qu’est-ce que vous y voyez? Des passants déambulent entre les arbres sur l'artère commerciale aux trottoirs humides. Des hommes en complets sombres croisent des femmes vêtues de manteaux colorés et coiffées de chapeaux assortis. Un tramway vert longe la chaussée devant une série de bâtiments modernes aux lignes épurées. En observant ces éléments, pouvez-vous deviner dans quelle décennie on se trouve? Le tout compose un paysage urbain des années 1920, à la fois paisible et grouillant d’activité.
Remarquez le point de vue choisi par l’artiste. Comment la structure du tableau guide-t-elle votre regard dans l’image? Les lignes de fuite dessinées par la rue et ses trottoirs convergent vers la foule, alors que les verticales de l’architecture viennent encadrer la composition et concentrer notre attention sur l’animation de l’artère. Plutôt que de multiplier les détails, Hébert privilégie le rythme des formes, les contrastes lumineux, ainsi que l'équilibre entre les masses architecturales, les lignes sinueuses des arbres et les percées du ciel. Le grand format vertical, habituellement réservé au portrait officiel ou à la peinture d'histoire, confère à cette scène quotidienne une monumentalité inhabituelle.
Réalisée en 1927, Rue Saint-Denis est aujourd'hui considérée comme l'un des chefs-d'œuvre d'Adrien Hébert. Alors que de nombreux artistes québécois privilégient encore les paysages ruraux ou les scènes de terroir, il fait de Montréal son principal sujet. Un des seuls membres francophones du groupe de Beaver Hall, Hébert célèbre une ville moderne en pleine transformation. Tramways, automobiles, vitrines et foules habillées à la mode dernier cri deviennent les symboles d'une métropole façonnée par l'urbanisation, l'industrialisation et le commerce.
Ici, la scène se déroule au cœur du Quartier latin, principal centre intellectuel et culturel du Montréal francophone des années 1920. Des institutions d’enseignement, bibliothèques, théâtres, galeries, cafés et cabarets en font un lieu de rencontre pour étudiants, artistes et intellectuels. À l'image du « peintre de la vie moderne » décrit par Charles Baudelaire, Hébert révèle, dans le spectacle quotidien de la ville, la beauté éphémère de son époque. Cette rue vous apparaît-elle familière malgré le siècle qui nous en sépare?
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Vous assistez à une séance de dessin d’après modèle vivant. Vers qui votre regard se dirige-t-il spontanément? Le point focal de la composition est un modèle nu qui se tient debout sur une estrade, les bras relâchés, le regard perdu au loin. Au premier plan, plusieurs élèves, vus de dos ou de profil, s'activent devant leurs chevalets. Rabattus en surface, ils sont représentés selon plusieurs points de vue simultanés et réduits à des formes simplifiées, presque primitives. Derrière le modèle, lui aussi dépeint en volumes schématisés, un fond gris dépouillé isole la figure et renforce sa présence silencieuse. La palette plutôt réduite dominée par les ocres, les gris et les bruns est animée d’éclaircies blanches, jaunes et vertes. Les dégradés sont rendus avec une multitude de touches juxtaposées.
À première vue, le sujet de la scène d’atelier peut sembler traditionnel. Pourtant, Irène Legendre en renouvelle profondément le langage plastique. Les perspectives sont volontairement tronquées, les formes épurées et les couleurs s’éloignent de la réalité. L'organisation de la surface prime sur l'illusion de profondeur. Inspirée par le cubisme de Pablo Picasso et le pointillisme de Georges Seurat, Legendre montre que peindre ne consiste pas à copier fidèlement le réel. Dans Le modèle, le contraste entre le premier plan visuellement chargé et le second plan plus ouvert suggère ce passage du concret vers l’imaginaire, de l’observation vers l’interprétation. Legendre ouvre un espace où la liberté artistique transforme le visible en une construction plastique entièrement nouvelle.
Réalisée en 1944, l'œuvre témoigne de l'émergence de ce que plusieurs critiques appellent alors l'« art vivant ». Une nouvelle génération d'artistes remet en question l'enseignement académique et revendique une plus grande liberté formelle, ouverte aux courants modernes venus d'Europe et des États-Unis. Formée au Québec, puis à New York et à Paris auprès d’artistes comme Alexander Archipenko et d'Amédée Ozenfant, Irène Legendre participe activement à ce renouvellement. Peintre, mais aussi critique d'art, conférencière et enseignante, elle contribue à diffuser les principes de l’art moderne. Présenté au Concours artistique de la province de Québec en 1945, Le modèle remporte le premier prix de peinture avant d'être acquis par le Musée de la province de Québec, aujourd’hui le Musée national des beaux-arts du Québec.
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Laissez-vous absorber par cette toile foisonnante où formes, lignes et couleurs semblent se multiplier à l'infini. De grands aplats géométriques de bleu, de violet, de rouge et d'orange structurent l'arrière-plan, tandis qu'un dense réseau de lignes recouvre toute la surface en motifs élaborés. Voyez-vous apparaître des formes familières dans ce dédale graphique? Des yeux, des visages, des doigts, des formations végétales ou animales? Laissez votre regard circuler librement d'un détail à l'autre, comme dans un labyrinthe visuel où chaque découverte en appelle une autre.
Cette profusion est pourtant soigneusement orchestrée. Le tableau naît d’abord d’un dessin spontané. Pellan provoque le hasard, puis construit la composition. L'espace est fragmenté, sans perspective traditionnelle ni point focal. Aucun motif ne domine : couleur, dessin et matière dialoguent sur un pied d'égalité. Les formes reconnaissables ne racontent pas une histoire; elles agissent comme des signes ouverts à l’interprétation. Pellan enrichit aussi la toile de feuille d’or et de peinture fluorescente. Sous une lumière ultraviolette, certaines zones s'illuminent, révélant son goût pour l'expérimentation.
Pellan séjourne quatorze ans à Paris et y découvre le cubisme, le fauvisme et le surréalisme, sans jamais s’attacher à un seul courant. Il emprunte au premier la fragmentation de l’espace, au deuxième l’intensité de la couleur, et au troisième le goût du rêve, du hasard et des associations libres. L’ambition de Pellan est de créer un événement plastique capable de stimuler l’imagination, d’inventer un univers « illimité, jamais vu », dans ses mots. À son retour au Québec, en 1940, son exposition au Musée de la province, puis à l’Art Association of Montreal, provoque une véritable onde de choc et contribue à ouvrir le public québécois aux grands courants de la modernité.
En 1948, Pellan fonde Prisme d'yeux, un collectif qui défend la pluralité des approches et des styles dans un manifeste publié quelques mois avant le Refus global. Citrons ultra-violets incarne pleinement cette vision. Ouvert à l’interprétation, le tableau invite chacun à s’y plonger pour y faire sens. Pellan affirme une conception profondément moderne de l'art, fondée sur la liberté artistique et l'invention d'un univers sans limites.
Nous vous invitons maintenant à retraverser le passage rouge pour poursuivre votre découverte de l’exposition Riopelle. L’expression du geste. Après avoir parcouru les différentes voies empruntées par les artistes québécois de la modernité dans l’exposition Revendiquer. L’art moderne au Québec, vous retrouverez Riopelle qui, lui aussi, prolonge à sa manière cette conquête de la liberté créatrice.
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Nous revoici dans l’exposition Riopelle. L’expression du geste. Forts du parcours que nous venons d’effectuer dans l’histoire de l’art moderne au Québec, poursuivons maintenant notre découverte des œuvres de Riopelle des années 1970 aux années 1990.
Ici se dresse une petite sculpture de bronze dont la silhouette ne se livre pas immédiatement. Son corps est compact, tandis que deux pointes s'élèvent de part et d'autre de sa tête. Évoquent-elles des aigrettes, des ailes dressées ou les prolongements d'un masque? Au centre, quelques reliefs suffisent à faire apparaître un visage schématisé, avec des yeux enfoncés et un bec entrouvert. Rien n'est entièrement fixé. À mesure que vous l’observez, la figure vous apparaît-elle changer? Ses irrégularités confèrent au bronze une étonnante souplesse, comme si le métal gardait la mémoire des doigts qui l'ont façonné. Un réseau de lignes sinueuses parcourt la sculpture comme une écriture abstraite gravée dans la surface.
Le dialogue tactile de Riopelle avec la matière lui insuffle une certaine vitalité. Contrairement à la peinture, où pinceaux et couteaux s'interposent entre la main et la toile, la sculpture lui permet de transmettre ses impulsions directement à la glaise. « Le modelage, on l'a au bout des doigts », disait-il. La fonte en bronze conserve chacune des pressions et des empreintes laissées par ses mains, sans qu'il ne cherche à les effacer. L’énergie du geste demeure inscrite dans la matière et donne au hibou une présence vive, presque charnelle.
Créé en 1973, Hibou-carnaval relève d’une période où Riopelle réintroduit progressivement des figures reconnaissables dans son œuvre et développe un vaste bestiaire dominé par le hibou. Il affirme en avoir créé près de deux mille, déclinés en peinture, en gravure et en sculpture. Cette fascination remonte à son adolescence, lorsqu'il assiste à une conférence de Grey Owl, nom adopté par le naturaliste britannique Archibald Belaney, ardent défenseur de la forêt boréale et des peuples autochtones. Cette rencontre marque durablement l’imaginaire du jeune artiste. Riopelle y découvre une manière sensible d'habiter le territoire, fondée sur l'observation attentive de la nature, le respect du vivant et une profonde proximité avec le monde animal. C’est une posture qu’il fera sienne toute sa vie, autant à la chasse qu’en création. Le hibou devient pour lui bien plus qu'un oiseau; il apparait comme une figure protectrice, presque totémique. Avec son évocation du masque et du déguisement, Hibou-carnaval renforce cette idée de métamorphose entre l’animal et l’artiste qui s’y identifie.
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Accordez-vous un instant pour vous imprégner de cette œuvre. Devant vous s'étend une vaste composition dominée par un contraste saisissant entre le noir et le blanc. Une large bande noire occupe toute la partie supérieure de la toile, comme un ciel dense et silencieux. Sous la ligne d'horizon, d'imposantes masses blanches cernées de noir s'emboîtent en une architecture de formes anguleuses. Évoquent-elles des icebergs vus du ciel, des falaises de glace ou une banquise fragmentée? La perspective oscille entre une vue aérienne et une vision frontale du paysage nordique. De fines craquelures parcourent la surface comme des fissures dans la glace, tandis que la matière, épaisse et travaillée au couteau, capte la lumière dans ses reliefs. L'ensemble dégage une impression de monumentalité.
Réalisé en 1977, Iceberg no. 3 est créée à la suite d'un voyage de pêche dans l'Arctique canadien, à Pangnirtung, où le survol de l'île de Baffin bouleverse profondément Riopelle. Vous est-il déjà arrivé, vous aussi, de rester bouche bée devant un paysage que vous découvriez pour la première fois? De retour à son atelier d’Estérel dans les Laurentides, l’artiste entreprend aussitôt une série de tableaux à l’effigie des icebergs, réalisant les premières toiles en seulement deux semaines. Il ne cherche pas à reproduire fidèlement ce qu'il a vu, mais à traduire l’ampleur du choc ressenti devant le paysage polaire. L'artiste disait des icebergs qu'il s’agissait des « plus belles sculptures du monde ». Essayez de visualiser un iceberg. Quelles qualités lui donnent, selon vous, l’allure d’une sculpture? Riopelle est fasciné par leur équilibre précaire, leurs formes complexes et leurs perpétuelles transformations. En peinture, il en transpose moins l'apparence que l'expérience esthétique, autant physique qu’émotionnelle.
Le nouveau sujet s'accompagne d'une profonde transformation de son langage pictural. Après des décennies de couleurs éclatantes, Riopelle réduit volontairement sa palette au noir, au blanc et à leurs infinies nuances de gris. Les formes sont ramenées à leur plus simple expression. De larges aplats au couteau s'interpénètrent et construisent un espace où la lumière, les volumes et la matière suffisent à évoquer toute la force du territoire nordique. Avec une remarquable économie de moyens, Riopelle peint non pas le paysage, mais l'impression qu'il laisse en mémoire: celle d’une puissance incommensurable.
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Contournez la cimaise pour découvrir, de part et d'autre du mur, cette œuvre peinte au recto et au verso. En passant d’une face à l’autre, quelles ressemblances et quelles différences remarquez-vous? D'un côté, Matinée au Cap Tourmente (Les faisans dans la volière) fait apparaître cinq silhouettes de faisans à la présence fantomatique sur un fond sombre et vaporeux. Un filet imprimé en négatif recouvre l'ensemble, tandis que des cercles rouges, jaunes et bleus pulvérisés à l'aérosol ponctuent la composition comme des halos lumineux ou des cibles. De l'autre côté, L'Oie hélico s'organise autour d'une grande oie blanche aux ailes déployées. Son corps, souligné d'un fin contour bleu et noir, se détache d'un fond terreux encadré d’une bordure ornée de volatiles et d'une nuée colorée de pigments vaporisés. Quelle relation établissez-vous entre les deux pans de l’œuvre? Ils se répondent : des silhouettes d’oiseaux côtoient un langage rythmé de traces et de signes.
Réalisée en 1990, cette œuvre annonce le dernier grand élan de création chez Riopelle. Installé à l'Île-aux-Oies, il renouvelle une fois de plus sa pratique. Ses capacités physiques diminuant, il délaisse les immenses toiles peintes au couteau pour travailler des formats plus modestes et posés à plat. Loin des magasins de fournitures artistiques, il s'approvisionne en matériaux à la quincaillerie du village : le support de cette œuvre est d'ailleurs une simple porte. Pour créer ses formes, il y dépose des dépouilles d'oiseaux, des végétaux et des objets trouvés sur lesquels il vaporise la peinture de manière à faire apparaître leurs contours. Une fois retirés, ces éléments laissent leur empreinte en réserve. L'image naît ainsi d'une absence : elle conserve la trace de l’objet, que Riopelle rehausse ensuite d’interventions au pinceau et à la bombe aérosol.
Après les hiboux, l'oie des neiges s'impose comme le nouvel animal emblématique de Riopelle. Chaque automne, des dizaines de milliers d'oies se rassemblent à Cap Tourmente et dans l'archipel de l'Île-aux-Grues. Baignant au cœur de ce paysage du Saint-Laurent, Riopelle assiste année après année au spectacle saisissant. Comme ces oiseaux migrateurs, il a lui-même partagé sa vie entre deux continents. L’oie évoque pour lui les cycles du vivant, l’éternel retour, mais aussi le temps qui passe et la disparition. En contraste avec les faisans captifs dans la volière, l’oie inspire l’élévation et la liberté.
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Notre parcours d’audioguide touche maintenant à sa fin.
Au fil de cette visite, vous aurez découvert que l'œuvre de Jean Paul Riopelle s’inscrit dans une histoire plus vaste, celle de l’art moderne au Québec. En traversant l'exposition Revendiquer. L’art moderne du Québec, vous avez suivi le cheminement de plusieurs générations d'artistes qui, dès les années 1920, ont renouvelé leur manière de voir et de représenter le monde. De la transformation de la peinture figurative à l’abstraction automatiste, chacun de ces artistes a contribué à redéfinir les possibilités de la création moderne.
Riopelle baigne pleinement dans cette histoire, tout en demeurant profondément singulier. Héritier des Automatistes, nourri par les avant-gardes européennes et américaines, il n'a pourtant jamais cessé de suivre sa propre voie. Au fil de plus de cinquante années de création, il s’est renouvelé sans cesse en expérimentant avec le geste, la couleur, la matière et les médiums. Chez lui, abstraction et figuration ne s'opposent jamais : elles se répondent et s'alimentent continuellement.
Nous espérons que ce parcours vous aura permis de porter un regard nouveau sur l'œuvre de Riopelle et sur l'histoire de l'art moderne du Québec. Vous aurez constaté que cette histoire ne progresse pas par ruptures, mais par un dialogue continu entre les artistes, où chaque génération hérite de la précédente tout en ouvrant la voie à la suivante.
Si vous souhaitez poursuivre votre visite de l’Espace Riopelle, nous vous invitons à monter à l'étage supérieur pour découvrir L’Hommage à Rosa Luxemburg, le dernier chef-d’œuvre de Riopelle. Présentée dans une scénographie immersive, accompagnée d'une expérience olfactive et en dialogue avec le paysage environnant du Saint-Laurent, elle constitue l'aboutissement de plus d'un demi-siècle de création.
Le Musée national des beaux-arts du Québec vous remercie d’avoir pris part à ce parcours. Nous espérons que cette expérience vous aura permis de mieux comprendre et apprécier la richesse de l'œuvre de Jean Paul Riopelle, tout en découvrant la diversité des artistes et des idées qui ont façonné l'art moderne au Québec.
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Hello, and welcome to the Musée national des beaux-arts du Québec.
This audio guide introduces you to two complementary exhibitions: Riopelle. The Expression of Gesture and Challenging. Modern Art in Québec. Together, they take you on a journey through the history of 20th-century Québec art, creating a dialogue between the exceptional career of Jean Paul Riopelle and the major artistic movements that have shaped modernity in Québec.
Riopelle is a landmark exhibition dedicated to one of Québec’s most influential modern artists of the 20th century and the first post-war Canadian painter to achieve true international notoriety. The exhibition includes major works from the collections of the Musée national des beaux-arts du Québec and an exceptional gift from philanthropists Michael Audain and Pierre Lassonde, along with targeted loans from prestigious collections. The works provide visitors an extensive overview of over 50 years of creation. Organized around major themes that run through Riopelle’s entire body of work—gesture, material, nature, territory and migration—the visit highlights an artist who continually reinvented himself.
Over the course of the visit, you will momentarily leave the galleries featuring Riopelle to follow a parallel path through the exhibition called Challenging. Modern Art in Québec. The common thread between the two exhibitions is automatism, a movement in which Riopelle and fellow artist Paul-Émile Borduas participated, along with the other signatories of Refus global. Building on this foundational encounter, the audio guide will introduce you to the legacy of automatism and the diverse paths taken by Québec abstraction up to the 1960s.
The narrative will then step back in time to explore the origins of modernity in Québec. You will learn how artists in the first half of the 20th century revitalized figuration, gradually paving the way for the aesthetic upheavals that would lead to abstraction.
Finally, the path will lead you back to the Riopelle exhibition. Armed with this fresh perspective on the history of Québec art, you will come back to view the artist’s later works, where the figure and nature return to the forefront, without ever relinquishing the freedom of gesture that defines his life’s work.
The voice you’re hearing is that of Paul Fruteau de Laclos. Have a wonderful visit!
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On the wall is an owl positioned at the heart of a circular structure of wood and steel. Step closer to notice the texture. Can you see the fingerprints left by the artist on the sculpted surface? They are evidence of the artist’s hands working the material. The bird’s shapes are deliberately raw, almost primitive. Its wings, slightly open, seem suspended in the moment just before flight. Look at the face, reduced to only the essentials. What do those large round eyes evoke for you? Seemingly serene, the owl appears alert, attentive to everything around it. If you hold its gaze long enough, you may feel as though it is staring back at you.
This figure can be understood as a symbolic self-portrait of Jean Paul Riopelle. Born in Montréal in 1923, he showed an early interest in drawing. His father encouraged this passion by getting him lessons with the painter Henri Bisson. The young Riopelle learned to observe carefully, to paint from nature and to work from live models. But another school shaped his perspective just as much: the school of nature. Forest excursions and outdoor sports fostered a particularly strong and intimate relationship with the living world.
This closeness to nature runs through his entire body of work. Beginning in the 1970s, the owl became his animal of choice. More than a simple motif, the bird became an alter ego: like the artist, the animal is observant, free, solitary and deeply rooted in its environment. What character traits do you perceive in Hibou accompagné? Does it evoke wisdom, curiosity or vigilance? If Riopelle identified with this animal, what does that tell us about his personality?
The work also highlights the importance of found objects in Riopelle’s practice. The owl is mounted on the rotating mechanism of a sculptor’s harness salvaged from the studio. By using this object in the piece, Riopelle draws attention to the creative process itself. This focus on the creative gesture is a running theme in his work. In his paintings and sculptures, he engaged in a dialogue with the material, welcoming its textures, accidents and marks.
In many respects, Hibou accompagné reflects the spirit of Jean Paul Riopelle: an artist deeply rooted in nature, fiercely independent and driven by a constant desire to renew his creative language.
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Give yourself a moment to take in this work, which demonstrates a pivotal turning point in Riopelle’s career. Let your eyes wander freely across the expanse, with no horizon or anchor point. The canvas is entirely covered with a multitude of red, blue, yellow, green, white and black strokes. Notice the effect created by the long trickles of paint cutting across the composition in every direction. These strands connect the various zones of the painting, creating a vibrant network that animates the entire surface. Facing this burst of pigment, do you feel your gaze constantly moving without ever coming to rest?
Trained under Paul-Émile Borduas at the École du meuble, Riopelle joined the Automatistes movement in the 1940s and co-signed the Refus global manifesto, which we will explore farther along in the tour. This movement championed creative expression free from any preconceived notions, where spontaneous gesture paved the way for the unconscious. Riopelle learned to trust his intuition and let the painting build itself through action.
However, Riopelle soon drifted away from the Automatistes group to carve out his own path in Paris. Beginning in 1949, he traded the paintbrush for a palette knife, using it to apply colour in thick dabs. He then flung more fluid paint across the canvas. This gestural freedom brought Riopelle closer to the major international abstraction movements of the era, like abstract expressionism in the United States and lyrical abstraction in France. In 1951 in Paris, he took part in a major exhibition alongside Jackson Pollock, Willem de Kooning and other leading figures in abstract art. These artists shared the conviction that “only total chance is fertile.”
Untitled embodies the transition between Riopelle’s Automatistes beginnings and his alignment with the School of Paris. It retains the spontaneity championed by Borduas, while already asserting a deeply personal approach. Can you feel the internal movement, the vital energy of the painting? That is the artist discovering his work in the throes of creation. Here, in the tension between freedom and control, Riopelle forged the signature style that would bring him international acclaim.
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Reminiscent of a forest pierced by shafts of sunlight, this dark painting is punctuated by bright highlights. Its entire surface is covered with a multitude of thick strokes applied with a palette knife, dominated by shades of black, deep blue, green and brown, from which bursts of red, orange and yellow emerge. Step closer to the canvas. Up close, the material evokes lichens, bark, crystals or cellular tissue. Now, take a few steps back slowly. Observe how the fragments gradually blend into a vast landscape. From a distance, the painting alternately suggests an aerial view of the earth or a vision of the cosmos.
This impression stems from the distinctive working method that Riopelle developed in 1953. The paint, squeezed directly from the tube, is immediately flattened with a spatula into a collection of strokes that interlock like the tesserae of a mosaic. Witnessing the endless cascade of small strokes across the entire canvas, try to imagine Riopelle at work. Can you sense the rhythm, the energy and the passion required to create a painting like this one? The composition adopts the principle of “all-over” painting where the pictorial elements cover the entire surface without any single area dominating, giving the impression that the painting extends beyond its borders.
The mastery of execution emanating from Forestine is the result of an exceptionally intense creative process. Riopelle worked in a single sitting, in a state he described as a form of trance. Without ever stepping back to look, he stayed as close as possible to the canvas, letting the rhythm of his body guide his every gesture. For hours, he applied, flattened, scraped and layered the material until the work was complete. Have you ever been so absorbed in an activity that everything else fades away? To the point of losing track of time? It was in this state of total immersion that Riopelle created many of his works.
Painted in 1954, Forestine belongs to Riopelle’s great mosaics period, now considered one of the peaks of his career. Represented by Pierre Loeb in Paris and Pierre Matisse in New York, he achieved unprecedented international recognition for a Québec artist. Despite the success of the mosaics, Riopelle remained true to his spirit of exploration and would soon revisit his artistic language once again.
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What is your first impression of Chicago II? Does its power move you? Take a moment to follow the movement of its large blocks of colour. The reds, whites, blacks and yellows seem to collide, their contrasts heightened by a few accents of vibrant colour. Applied with a palette knife, the paint spreads in strokes and waves that move across the surface in every direction. Unlike the almost crystalline regularity of the great mosaics, the material here appears freer, as if animated by an irrepressible energy.
This evolution marked a turning point in Riopelle’s approach. In 1958, he simultaneously began a sustained practice in sculpture, which profoundly transformed his relationship with pictorial matter. The knife was no longer used simply to apply colour: It carved, hollowed and modelled the paint, much like a sculptor shapes wood or clay. The small strokes of the mosaics gave way to sweeping swaths of medium. Space became structured differently; networks of lines emerged, and the figure gradually reappeared, though it remained elusive. What forms do you see emerging?
Yet Riopelle rejected the opposition between figuration and abstraction, asserting that he had “never painted an abstract painting.” He did not seek to reproduce reality or banish it, but rather to translate the sensory experience of it. As a hunter, fisherman and avid traveller, he fuelled his work with his time in nature. His paintings do not describe a landscape; they translate its memory, rhythms and forces. As you observe Chicago II, what natural phenomena or elements come to mind? Like nature itself, the painting unfolds, transforms and organizes itself according to a logic all its own.
What does the title Chicago II call to mind? Riopelle always waited until a work was finished before giving it a title, like a final observation made the moment he discovered his own painting. If it were up to you to name it, what title would you choose? Chicago II does not represent a specific place; rather, its title points to a geographical imaginary, a reading cue that invites each viewer to project their own memories and sensations into their perception of the composition.
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Walk around this sculptural assembly to view it from different angles and notice how the work seems to transform depending on your perspective. Irregular volumes rise vertically in visibly precarious formations. Their white surfaces are animated by black and grey dashes and stippling that accentuate their relief. What do these shapes and colours make you think of? Do they evoke rock formations, icebergs or architectural ruins? A network of knotted ropes connects the various elements, drawing taut lines through space. Spot the owls perched high up. These are the plaster casts of two sculptures dating from 1969 to 1970: Hibou-Roc and Hibou-White Stone.
Fontaine is an exceptional work in Riopelle’s career. Unlike his small-format sculptures, moulded in one sustained effort, this piece is an assembly of found elements. Started around 1964, it stayed with the artist in his studio for nearly 13 years. It only reached its final form in 1977, when he painted its surfaces and added the ropes. It was not unveiled to the public until 2020 at the Montreal Museum of Fine Arts.
The work was born from the reuse of plaster shells from mother moulds used to cast bronze sculptures. By recovering these casting scraps, Riopelle transformed the remnants of earlier creations into the raw material for a new work. This logic of metamorphosis runs through his practice from the 1960s onward, as seen in his numerous collages and assemblages created from print scraps. For Riopelle, as in the natural world, nothing is lost, nothing is created, everything is transformed.
With its restrained palette, Fontaine seems to align with the major series of works on northern themes from the 1970s, which we will discover in the next room of the exhibition. Its volumes bring to mind the icebergs Riopelle encountered during fishing trips to Nunavut beginning in 1969. The ropes and networks of painted lines on the surface also call to mind ajaraaq, the Inuit string games that fascinated Riopelle at the time and to which he dedicated a series starting in 1971. This Inuit practice involves making patterns with strings looped between the fingers to share traditional tales and knowledge. Riopelle freely appropriated this system of signs to create a series of works featuring intertwined networks of lines. In this sculpture, which could just as easily be understood as a three-dimensional painting, the lines and intersections form an expressive language.
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You are now stepping through the red passageway connecting the two exhibitions on this tour. Until this point, you have been following a retrospective dedicated to Jean Paul Riopelle. We now invite you to step into Challenging, an exhibition that traces the history of modern art in Québec from the 1920s to the 1960s. While these two narratives can be explored separately, they are deeply interconnected.
This detour allows you to step back and broaden your perspective on a wider artistic context. While Riopelle is one of the towering figures of modern Québec art, his work is part of a larger story fuelled by generations of artists who profoundly transformed their creative practices through a succession of experiments, questioning and strong stances.
The point of intersection between the two exhibitions lies in the 1940s, with the emergence of automatism, a foundational moment in Québec modernity, which a young Riopelle helped shape. Our journey through the Challenging exhibition begins right around this period.
First, we will follow the legacy of automatism and its influence on abstraction into the 1960s. Then, we will retrace our steps to encounter the figurative painters who, beginning in the 1920s, paved the way for modernity and its significant breaks with the past.
Following this overview of the Challenging exhibition, we will return to the Riopelle exhibition to discover the final decades of his career, which are likewise rooted in figuration. You will then be able to view his works in a new light, placing them within Riopelle’s unique dialogue with the history of modern art that lasted throughout his career. By the end of this tour, you will see Riopelle’s work through a different lens: as an artist in tune with the artistic discoveries of his time who remained fundamentally unique in his approach.
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Against a dark background of bluish and greenish tones, brushed in broad diffuse areas, two imposing vertical masses hover, seeming to float in space. Built up from an accumulation of white, black, red, green, and brown strokes, they leave gaps that reveal the depth below. Between these two clusters, which seem to advance toward us, a glow appears to emanate from an invisible source. Does the title, which means "the pylons of the gate", inform your viewing? In your opinion, which elements of the painting might have inspired Borduas to make this choice? Despite this evocative title, the work resists any definitive interpretation and remains open to the imagination. Each viewer is free to project their own associations onto it.
This ambiguity lies at the heart of Paul-Émile Borduas' approach. Considered one of the founders of abstraction in Québec, he developed a pictorial language based on Automatism during the 1940s, inspired by the automatic writing of the French Surrealists. This method seeks to free gesture from preconceived ideas, allowing the painting to take shape through the spontaneous act of creation, revealing the poetry harboured within the unconscious. Borduas painted without sketches or predetermined compositions. He first brushed an indeterminate background, then used a brush and spatula to apply what he called "lights": touches of colour that seem to float on the surface. The forms gradually emerged and organized themselves until a pictorial balance took shape. The painting thus became the visible trace of thought in motion, guided by intuition and chance.
As a professor at the École du meuble, Borduas gathered around him in the 1940s a group of young artists eager for radical renewal, including Jean Paul Riopelle, Marcelle Ferron, Fernand Leduc, Françoise Sullivan and Maurice Perron. In 1948, sixteen members of the group signed Refus global, a foundational manifesto of Québec modernity that called for a profound break with the artistic and social conventions of their time.
Following the publication of the manifesto and the controversy it provoked, Borduas lost his teaching position and devoted himself entirely to painting. Created in 1949, Les pylônes de la porte belongs to an important series in which his Automatist language came to fruition. The work embodies a form of creation freed from rules, where spontaneity, intuition, and freedom become essential values. Automatism does not abstract itself from the world; rather, it gives form to the emotions, tensions, and images that spring from the unconscious.
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Take deep breaths as your eyes trace the vertical lines running through Composition. Do you feel the breath that seems to bring life to the painting? Long, colourful streaks surge from bottom to top in a succession of rapid, repeated gestures. Red, yellow, white, black, blue and turquoise pigments dissolve into one another under the vigour of the stroke. These bold lines stand out against a vaporous background composed of horizontal washes in complementary green and orange hues. What do these shapes and colours make you think of? Do you recognize underwater seabeds or lush vegetation? The composition appears driven by an ascending force, as if all the pictorial elements are part of a shared vital impulse.
Composition stems from an automatist process. When Paul-Émile Borduas introduced Fernand Leduc to abstraction in the early 1940s, his conception of art was profoundly transformed. He became one of the first artists to experiment with automatism, driven by spontaneous gesture and creative freedom. But Leduc did not just paint: Considered one of the movement’s main theorists, he played a decisive role in its intellectual development. He was convinced that automatism was as much a philosophy of life as a method of creation and believed in its capacity to deeply transform society. Leduc moved to Paris in 1947, where he frequented the surrealists, deepened his interest in psychoanalysis and maintained a steady correspondence with Borduas. His exchanges with Borduas contributed to the reflections that led to the drafting of Refus global.
Painted a year after the manifesto’s publication, Composition reflects a new balance between spontaneity and construction. While the gesture remains free and intuitive, it is organized around a more orderly rhythm. This quest for harmony foreshadows the path Leduc would take starting in the 1950s. He gradually moved away from automatist gesturalism to become a leading figure of the Plasticiens movement, favouring abstract painting where flat areas of colour, light and the geometric organization of the surface became the true subjects of the work. Composition bears witness to this turning point in Leduc’s evolution, in that it retains the liberating fervour of automatism while hinting at the desire for order and structure that would guide his later creations.
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Before you unfolds a series of black-and-white photographs capturing the body in motion within stripped-down spaces. Gestures and postures follow one another in succession, costumes prolonging the movements while slight blurs convey the rapidity of the action. The interplay of shadow and light accentuates the theatricality of the scene. As you sweep your gaze across these images, does it seem like they are moving? Presented in a series, they evoke a living sequence rather than frozen moments, as if the performances were still unfolding before our eyes.
These photographs by Maurice Perron open a window onto the multidisciplinary world of the Automatistes. This avant-garde group did not limit their creation to painting. Automatism could be embodied in any form of expression freed from reason and convention. Dance favoured a spontaneous and organic gestural language, poetry was guided by intuition, and experimental theatre disrupted language and narrative. The artists performed in apartments or other unconventional venues, driven by a desire to break down the boundaries between disciplines and bring art closer to life.
Maurice Perron was a student of Paul-Émile Borduas, a co-signatory of Refus global and the publisher of the manifesto through his own publishing house, Mithra-Mythe. He also played a vital role as the group’s photographer. Perron immortalized several of these collective creations, including Black and Tan, a choreography by Françoise Sullivan wearing a costume designed by Jean-Paul Mousseau; Bien-Être, a play by Claude Gauvreau performed with Muriel Guilbault, featuring costumes by Madeleine Arbour within a set designed by Pierre Gauvreau; and Dualité, a choreography by Françoise Sullivan and Jeanne Renaud set to music by Pierre Mercure. Perhaps the most famous piece is Danse dans la neige, improvised outdoors by Françoise Sullivan, photographed by Maurice Perron, and filmed by Jean Paul Riopelle, whose video was unfortunately lost.
Without Perron, an essential part of this artistic adventure would not have reached us today. Without these images, the automatist performances would have been forgotten. But his photographs are much more than mere archival documents. Also guided by spontaneity, intuition and an openness to chance, they deserve the status of works of art in their own right. They preserve the memory of ephemeral works while expanding the very spirit of automatism through the photographic medium.
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This canvas appears alive with energy moving in all directions. Broad strokes of the spatula overlap in an entanglement of warm and cool masses, alternately revealed or veiled by the application of white. Do you see how the white accentuates the brightness of the other colours? Also pay attention to the textures of the paint. Some strokes are thick and opaque; others are more stretched out, scrape the surface and allow the underlying layers to show through. The contrasting shapes seem to advance and recede in an intangible space where the gaze moves freely. Despite the impression of spontaneity, the composition remains remarkably controlled, with every gesture contributing to an overall balance.
After taking part in the rise of automatism, Marcelle Ferron moved to Paris in 1953, where she lived until 1966. Like several signatories of Refus global, she pursued the advances of automatism while carving out a personal trajectory and developing a language uniquely her own. Her research then focused on light. Through her mastery of chromatic and gestural effects, she sought to render in paint the elusive nature of the sensations of light, capturing their vibrations and variations. In Untitled, do you perceive effects of shimmer, brilliance and radiance?
In Paris, Ferron nourished her practice through contact with the avant-garde and the artistic debates of her era. A decisive encounter in 1954 changed the course of her career: A paint manufacturer generously offered her large bags of pigments. With greater resources at her disposal, she began mixing her own colours, considerably enriching her palette and finally enabling her to create large-scale works. She gradually integrated into the movement of lyrical abstraction, which favoured the sensitive, emotional and expressive qualities of the medium.
Created in 1963, this untitled work marks the full maturity of Ferron’s Parisian period. Light was already becoming her true subject. Starting the following year, she turned to stained glass, which allowed her to take a new step: Light would no longer simply be represented; it would pass directly through the work to become its very substance. Through her monumental stained-glass windows incorporated into public spaces, Ferron would help refresh the language of abstraction and make it more accessible.
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Take a few steps around this sculpture. A bronze mass with irregular shapes and abrasive textures seems to float in space, resting delicately on a metal rod. Its eroded surface is deeply rugged: Planes fold, tear and overlap, creating a succession of sharp edges, cavities and abrupt reliefs. What do you see in its forms? A limestone or volcanic formation? Or perhaps an industrial object deformed by an explosion? The sculpture resists any single interpretation. It appears suspended in a state of perpetual transformation, giving the impression that it is holding the memory of the forces that shaped it.
Created in 1963, this work bears witness to the revival of Québec sculpture after automatism. Armand Vaillancourt carried on the gestural freedom of his predecessors but transposed it into the material itself. His interest lay not in representing a subject, but in the expressive potential of the medium, in its reactions, tensions and mishaps. Abstraction thus becomes the place where creative energy is embodied right in the bronze.
As you look closely at the work, can you imagine how it was shaped? Vaillancourt helped develop an innovative technique in the mid-1950s: direct casting using polystyrene, making him a pioneer in this unique method. The artist first carved a shape in polystyrene, then poured molten bronze directly over it. Under the heat, the polystyrene instantly vanished, and the metal took its place. This rapid process preserves the spontaneity of the gesture while recording the unpredictable reactions of the material.
For Vaillancourt, the process was inseparable from the finished work, sometimes even taking the form of public performances. The cracks, irregularities and textures were never corrected: They bear witness to the exchanges between the artist’s gesture, the properties of the material and the unpredictability of its transformations. Each sculpture constitutes an experiment, which the artist compared to a musical improvisation. Decades later, Untitled retains the marks of its own creation and still seems to vibrate with the energy that gave it life.
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Let’s step a little farther back in time as we go to the starting point of the exhibition Challenging. Modern Art in Québec.
You have just explored the legacy of automatism and its influence on Québec abstraction up to the 1960s. We now invite you to retrace the course of history. To understand how this artistic revolution became possible, we must return to the Québec artists who, from the 1920s to the 1940s, revolutionized figurative painting.
During this era, artists gradually moved away from academic conventions, reinventing their visual language by drawing inspiration from European avant-garde movements. Little by little, representing reality no longer meant reproducing it faithfully but rather interpreting it freely. Portraiture, landscapes and everyday life became grounds for experimentation where forms and colours gave way to personal expression.
When we return to the exhibition dedicated to Jean Paul Riopelle to conclude our tour, you will be able to bring a different perspective to his later works. The reappearance of landscapes and animal figures in Riopelle’s art will then seem not an abandonment of modernity, but one of its freest and most accomplished expressions.
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You find yourself face-to-face with a young woman depicted from the waist up, her piercing gaze locked directly onto yours. Take a moment to hold her gaze. With an assured air, she exudes a quiet strength. A wide yellow hat brim frames her face like a luminous halo, while her white blouse, with its soft folds, catches the light in subtle plays of light and shadow. Behind her, a few buildings and simplified trees are seen in flat areas of green, blue and ochre. The figure occupies almost the entire surface of the canvas, and the frontality of the composition removes almost all distance between you and the model. Everything in the composition converges toward her face. How does the intensity of her expression make you feel?
This striking presence is one of the great qualities of Lilias Torrance Newton’s works. While her portrait reveals a remarkable mastery of drawing, colour and light, it goes far beyond mere physical resemblance. Inspired by the post-impressionists Cézanne, Gauguin and Matisse, the artist constructs space using simplified forms, geometrized volumes and masses of colour. Torrance Newton was a member of the Beaver Hall Group, a collective of Montréal painters who developed a pictorial language where image structure and expression took precedence over realism.
With the revival of modern painting during the 1920s and 1930s, portraiture ceased to be merely a symbol of social status and became a means of exploring personality, interiority and formal research. Women artists played a major role in this evolution, often favouring the human figure over landscape.
Over her career, Torrance Newton painted nearly 300 portraits of individuals with whom she shared a relationship of trust, which contributes to the paintings’ psychological depth. What is your impression of Martha? What personality would you attribute to her? Torrance Newton was the third woman to be elected to the Royal Canadian Academy of Arts in 1937. Exhibited in 1939 at the Art Association of Montreal, Martha was acquired the following year by the Musée de la Province de Québec, now the Musée national des beaux-arts du Québec.
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Do you feel like you are standing on a sidewalk in a Montréal street? Like a snapshot taken in the moment, this scene captures the bustling life of Saint-Denis Street bathed in the light following a rain shower. What do you see there? Passersby stroll among the trees on a commercial thoroughfare with damp sidewalks. Men in dark suits cross paths with women wearing colourful coats and matching hats. A green streetcar runs alongside the roadway in front of a series of modern buildings with clean lines. Observing these elements, can you guess which decade this is? Together, they compose an urban landscape of the 1920s that is both peaceful and teeming with activity.
Notice the viewpoint chosen by the artist. How does the structure of the painting guide your gaze into the image? The vanishing lines drawn by the street and its sidewalks converge toward the crowd, while the verticals of the architecture frame the composition and focus our attention on the lively activity of the avenue. Rather than multiplying details, Adrien Hébert favours the rhythm of forms, luminous contrasts and the balance between architectural masses, the sinuous lines of the trees and openings in the sky. The large vertical format, usually reserved for official portraits or history painting, gives this everyday scene an unusual monumental feel.
Created in 1927, Rue Saint-Denis is considered today to be one of Adrien Hébert’s masterpieces. While many Québec artists still favoured rural landscapes or traditional terroir scenes, he made Montréal his primary subject. As one of the few French-speaking members of the Beaver Hall Group, Hébert celebrated a modern city undergoing rapid transformation. Streetcars, automobiles, shop windows and crowds dressed in the latest fashions became symbols of a metropolis shaped by urbanization, industrialization and commerce.
The scene unfolds in the heart of the Quartier Latin, the main intellectual and cultural centre of French Montréal in the 1920s. Educational institutions, libraries, theatres, galleries, cafés and cabarets made it a meeting place for students, artists and intellectuals. Like the “painter of modern life” described by Charles Baudelaire, Hébert reveals the fleeting beauty of his era within the daily spectacle of the city. Does this street scene appear familiar to you despite the century that separates us from it?
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You are attending a life-drawing session. Toward whom does your gaze spontaneously turn? The focal point of the composition is a nude model standing on a platform, arms relaxed, gaze lost in the distance. In the foreground, several students, seen from behind or in profile, draw at their easels. Flattened onto the surface, they are represented from multiple simultaneous viewpoints and reduced to simplified, almost primitive forms. Behind the model, a stark grey background isolates the figure and reinforces her silent presence. The rather restrained palette, dominated by ochres, greys and browns, is enlivened by white, yellow and green highlights. The gradients are rendered with a multitude of juxtaposed strokes.
At first glance, the subject of the studio scene may seem traditional. Yet, Irène Legendre profoundly reinvents its formal language. Perspectives are intentionally truncated, forms are streamlined and colours depart from reality. The organization of the surface takes precedence over the illusion of depth. Inspired by the cubism of Pablo Picasso and the pointillism of Georges Seurat, Legendre shows that painting does not consist of faithfully copying reality. In Le Modèle, the contrast between the visually charged foreground and the more open background suggests a transition from the concrete to the imaginary, from observation to interpretation. Legendre opens up a space where artistic freedom transforms the visible into an entirely new pictorial construction.
Created in 1944, the work bears witness to the emergence of what several critics at the time called “living art.” A new generation of artists challenged academic teaching and demanded greater formal freedom, open to modern currents coming from Europe and the United States. After studying in Québec, and later in New York and Paris with artists like Alexander Archipenko and Amédée Ozenfant, Irène Legendre actively participated in this renewal. Painter, art critic, lecturer and teacher, she helped disseminate the principles of modern art. Presented at the Québec's provincial art competition in 1945, Le Modèle won first prize in painting before being acquired by the Musée de la Province de Québec, now this museum: the Musée national des beaux-arts du Québec.
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Immerse yourself in this teeming canvas where shapes, lines and colours seem to multiply infinitely. Large geometric fields of blue, purple, red and orange structure the background, while a dense network of lines covers the entire surface in elaborate patterns. Do you see familiar shapes appearing in this graphic labyrinth? Eyes, faces, fingers, plant or animal formations? Let your gaze wander freely from one detail to another, like in a visual maze where each discovery calls forth another.
This profusion is nevertheless carefully orchestrated. The painting is born first from a spontaneous drawing. Pellan provokes chance, then constructs the composition. Space is fragmented, without traditional perspective or a focal point. No motif dominates: colour, drawing and material dialogue on equal footing. Recognizable forms do not tell a story; they act as signs subject to interpretation. Pellan also embellishes the canvas with gold leaf and fluorescent paint. Under ultraviolet light, certain areas light up, revealing his taste for experimentation.
Pellan spent 14 years in Paris and discovered cubism, fauvism and surrealism there, without ever attaching himself to a single movement. He borrowed the fragmentation of space from cubism, the intensity of colour from fauvism and the taste for dreams, chance and free association from surrealism. Pellan’s ambition was to create an aesthetic event capable of stimulating the imagination, of inventing an “unlimited, never-before-seen” universe, in his words. Upon his return to Québec in 1940, his exhibition at the Musée de la Province de Québec, followed by one at the Art Association of Montreal, sent shockwaves through the art world and helped introduce the Québec public to the major movements of modernism.
In 1948, Pellan founded Prisme d’Yeux, a collective that defended a plurality of approaches and styles in a manifesto published a few months before Refus global. This work, Citrons ultra-violets, fully embodies this vision. Open to interpretation, the painting invites viewers to dive into it in order to make sense of it. Pellan asserts a profoundly modern conception of art, founded on artistic freedom and the invention of a limitless universe.
We now invite you to cross back through the red passage to continue your discovery of the exhibition Riopelle. The Expression of Gesture. After having traversed the various paths taken by modern Québec artists in the exhibition Challenging. Modern Art in Québec, you now will see how Riopelle also perpetuated this conquest of creative freedom, in his own way.
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We find ourselves once again in the exhibition Riopelle. The Expression of Gesture. With the knowledge acquired on our journey through the history of modern art in Québec fresh in mind, let’s continue our exploration of Riopelle’s works from the 1970s to the 1990s.
Standing here is a small bronze sculpture whose silhouette gradually reveals itself. Its body is compact, while two points rise on either side of its head. Do they evoke tufts of feathers, raised wings or lateral extensions of a mask? At the centre, a few reliefs are enough to make out a stylized face with sunken eyes and a slightly open beak. Nothing is entirely fixed. As you observe it, does the figure appear to change? Its irregularities give the bronze a striking suppleness, as if the metal retained the memory of the fingers that shaped it. A network of sinuous lines runs across the sculpture like abstract writing engraved into the surface.
Riopelle’s tactile dialogue with the material breathes a certain vitality into it. Unlike painting, where brushes and palette knives are interposed between the hand and the canvas, sculpture allows him to transmit his impulses directly to the clay. As he has said, “With modelling you have it at the tip of your fingers.” The bronze casting preserves each press and imprint left by his hands, without an attempt to erase them. The energy of the gesture remains embedded in the material and gives the owl a living, almost visceral presence.
Created in 1973, Hibou-carnaval belongs to a period when Riopelle was gradually reintroducing recognizable figures into his work and developing a vast bestiary dominated by the owl. He claimed to have created nearly 2,000 of them, rendered through painting, printmaking and sculpture. This fascination dates back to his adolescence, when he attended a lecture by Grey Owl, the name adopted by British naturalist Archibald Belaney, an ardent defender of the boreal forest and Indigenous Peoples. This encounter left a lasting impression on the young artist’s imagination. Through it, Riopelle discovered a sensitive way of inhabiting the land, founded on the attentive observation of nature, respect for living things and a profound proximity to the animal world. He would embrace this stance throughout his life, both in hunting and in artistic creation. For him, the owl was more than a bird; it was a protector, almost a totem figure. With its evocation of the mask and disguise, Hibou-carnaval reinforces this idea of metamorphosis between the animal and the artist who identifies with it.
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Take a moment to let the work permeate you. Before you lays a boundless composition dominated by the striking contrast between black and white. A wide black band occupies the entire upper portion of the canvas, like a dense, silent sky. Below the horizon line, imposing white masses outlined in black interlock into an architecture of angular forms. Do they resemble icebergs seen from the sky, ice cliffs or fragmented pack ice? The perspective oscillates between an aerial view and a frontal perspective of the northern landscape. Fine cracks run across the surface like fissures in ice, while the thick paint, worked with a palette knife, catches the light in its reliefs. The overall effect exudes a sense of monumentality.
Created in 1977, Iceberg No. 3 stems from a fishing trip to the Canadian Arctic in Pangnirtung, where flying over Baffin Island profoundly shook Riopelle. Have you ever found yourself left speechless by a landscape you were discovering for the first time? Upon returning to his Estérel studio in the Laurentides, the artist immediately began a series of paintings dedicated to icebergs, producing the first canvases in just two weeks. He did not seek to faithfully reproduce what he saw but rather to translate the sheer magnitude of the shock he felt before the polar landscape. The artist called icebergs “the most beautiful sculptures in the world.” Try to visualize an iceberg. What qualities give it the appearance of a sculpture, in your opinion? Riopelle was fascinated by their precarious balance, complex forms and perpetual transformations. His painting translates their aesthetic experience, both physical and emotional, more than their physical appearance.
This new subject went hand in hand with a profound transformation of his pictorial language. After decades of vibrant colours, Riopelle voluntarily reduced his palette to black, white and their infinite shades of grey. As depicted in this work, shapes are pared down to their simplest expression. Broad applications of paint with a knife interpenetrate and construct a space where light, volume and material alone evoke the full force of the northern territory. With remarkable economy of means, Riopelle was not painting the landscape itself so much as the impression it had left in memory, one of incommensurable power.
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Walk around the partition to discover this double-sided painted work on either side of the wall. Moving from one side to the other, what similarities and differences do you notice? On one side, Matinée au Cap Tourmente (Les faisans dans la volière) reveals five ghostly pheasant silhouettes against a dark, vaporous background. A negative-printed net covers the entire surface, while red, yellow and blue circles sprayed with an aerosol punctuate the composition like luminous halos or targets. On the other side, L'Oie hélico is organized around a large white goose with wings outspread. Its body, outlined with a fine blue and black contour, stands out against an earthy background framed by a border adorned with birds and a colourful cloud of sprayed pigments. What relationship do you see between the two sides of the work? They echo one another: Bird silhouettes stand side by side with a rhythmic language of marks and signs.
Created in 1990, this work heralds Riopelle’s final great creative surge. Living at Île aux Oies, he reinvented his practice once more. As his physical capacities declined, he moved away from immense palette-knife canvases to work on more modest formats laid flat. Far from art supply stores, he sourced materials at the village hardware store: this work is actually painted on a simple door. To create his shapes, he placed bird carcasses, plants and found objects on it, spraying paint around them to reveal their contours. Once removed, these elements left their impressions behind in reserve. The image thus arises from an absence: It preserves the outline of the object, which Riopelle then enhanced with brush strokes and spray paint.
After the owls, the snow goose became Riopelle’s new emblematic animal. Every autumn, tens of thousands of geese gather at Cap Tourmente and in the archipelago of Île aux Grues. Immersed in this Saint Lawrence River landscape, Riopelle witnessed this striking spectacle year after year. Like these migratory birds, he had spent his own life dividing his time between two continents. For him, the goose evoked the cycles of life and eternal return, but also the passage of time and disappearance. In contrast to the captive pheasants in the aviary, the goose inspires elevation and freedom.
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Our audio tour is now coming to an end.
Over the course of this visit, you have discovered that Jean Paul Riopelle’s work is part of the broader history of modern art in Québec. In the exhibition Challenging. Modern Art in Québec, you followed the path of several generations of artists from the 1920s onward who shifted their way of seeing and representing the world. From the transformation of figurative painting to automatist abstraction, each of these artists helped redefine the possibilities of modern creation.
Riopelle is well ensconced in this history while remaining profoundly unique. An heir to the Automatistes and nourished by European and American avant-gardes, he nevertheless continuously followed his own path. Over more than 50 years of creation, he constantly reinvented himself by experimenting with gesture, colour, material and media. In his work, abstraction and figuration never oppose one another; they converse, nourish each other and transform continuously.
We hope this journey has allowed you to cast a fresh eye not only on Riopelle’s work but also on the history of modern art in Québec. You may have noticed that this history does not progress through sudden ruptures, but through a continuous dialogue among the artists, where each generation inherits from the previous one while paving the way for the next.
If you wish to continue your visit of Espace Riopelle, we invite you to go upstairs to see Riopelle’s ultimate masterpiece, Tribute to Rosa Luxemburg. Presented in an immersive scene, accompanied by an olfactory experience and in dialogue with the surrounding Saint Lawrence landscape, it represents the culmination of more than half a century of creation.
On behalf of the Musée national des beaux-arts du Québec, thank you for taking part in this tour. We hope the experience has deepened your understanding and appreciation of the richness of Jean Paul Riopelle’s work and opened your eyes to the diversity of artists and ideas that shaped modern art in Québec.
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